Parcours de bohémiennes

Valeria Tarroni, une céramiste enjouée qui rend la terre aérienne !

Nous nous sommes rencontrées sur le marché bio de Hyères, un samedi de l’été 2020. J’ai été surprise par le nom de ses créations : « Créatures en Terre » et la sensation de légèreté de ses pièces ! Sans oublier, la finesse de ses empreintes de fleurs et leur couleur qui donnent bel et bien l’impression que la plante est insérée dans l’assiette !
Enthousiasmée par son inventivité pleine de délicatesse et de surprise, ainsi que sa joie communicative, j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette créatrice…surprenante !

J’aime découvrir les artistes au sein de leur antre créative; cela m’émeut et m’aide à me connecter à leur univers. Je me suis donc rendu dans son atelier de Bormes-les-Mimosas.
La route bordée de mimosas en fleurs à cette saison, crée un sublime couloir de lumière. Moi qui aime lire dans les signes que la vie met sur mon passage, j’y vois l’annonce d’une rencontre lumineuse !

Son atelier est un garage aménagé. Lumineux et parsemé de fleurs séchées, il respire le féminin, la délicatesse, la patience et la douceur. J’ai été particulièrement émue lorsque je me suis retrouvée face aux pièces en phase de séchage. Elles semblent encore si fragiles avant la cuisson…

Crédit Caroline Mellow

Crédit Caroline Mellow

Elle m’accueille en tenue de travail avec son tablier imprimé à son nom. Je m’assois sur son canapé et installe mon matériel d’enregistrement sur la petite table ronde. Elle me propose une boisson chaude que je déguste dans l’une des tasses qu’elle a façonnée. Instantanément, je ressens le plaisir qu’il y a, à utiliser une tasse que l’on a créée soi-même.
(Valeria est tellement fan des tasses, qu’elle a créé, chez elle, une « Tassothèque » !)
Elle complète la table avec des minis plats en terre, accompagnés de fruits secs et de douceurs chocolatées.

Crédit Frédéric Joulian

Nous voilà fin prêtes à débuter l’interview ! Et d’emblée, pas de chichis entre nous, le tutoiement est de mise !

Valeria Tarroni, est comme la terre qu’elle façonne : souple et malléable sur certains aspects de sa vie et ferme, sur ceux qui sont importants pour elle.
être à ses côtés, c’est retrouver la joie de créer !
Voici donc un extrait de mon échange avec une céramiste enjouée qui a trouvé dans cet élément, son moyen d’expression pour amener de la beauté et de la légèreté dans notre quotidien.
C’est parti !

Les lecteurs ne peuvent pas t’entendre mais j’ai envie qu’ils sachent que tu as un bel accent chantant, d’où vient-il ? (Valeria mériterait d’être entendue tellement sa voix chantonnante et pleine d’enthousiasme est un pur délice mélodique.)

Valeria Tarroni. Je suis italienne. Je suis née et j’ai vécu en Vénétie au nord-est de l’Italie à Vicence qui se situe entre Vérone et Venise. Cela fait 20 ans que je suis en France.

On se trouve dans ton atelier où tu crées tes « Créatures en terre », pourquoi cette dénomination ? Cela m’intrigue puisque tes créations ne sont pas des personnages ?

V.T. Quand j’étais petite, ma mère m’appelait « sa créature » et je pense qu’inconsciemment ça évoque ce lien. Je l’utilise pour exprimer ce qui sort de moi et je trouve mes pièces presque… animées ! Ça a toujours été plus naturel pour moi de les appeler « créatures » plutôt que « créations ». C’est resté un peu par jeu. Et ça me fait rire car la plupart des gens commencent à lire créations et parfois certains s’arrêtent, me regardent et m’interrogent en me disant : « créatures ? »

Crédit Caroline Mellow

Et comment as-tu rencontré l’argile ?

V.T. J’ai fait une école d’Art. En Italie, on appelle cela un lycée artistique. J’ai fait du dessin, des arts plastiques et de l’architecture notamment. J’ai donc rencontré l’argile pour faire du modelage du corps humain mais je n’ai jamais cuit une pièce, ni mis de la couleur. C’était resté une très belle sensation de la matière. Au départ, j’avais choisi cette école parce que je voulais m’orienter vers l’architecture. Et puis, pendant mes études, je suis tombée amoureuse de la photo. C’est l’avantage de cette école : pouvoir tester différents moyens d’expression. À la fin, je suis partie pour faire du photojournalisme mais… ça n’a pas été évident. J’ai évolué ensuite vers la vidéo un peu par hasard : une compagnie de théâtre, que je suivais en tant que photographe, m’a demandé de réaliser une vidéo et j’ai commencé comme ça. Et, j’ai pris conscience que j’arrivais plus facilement à transmettre un message avec la vidéo qu’avec la photo. J’ai travaillé 10 ans en tant que journaliste reporter d’images. Et puis, j’ai craqué… parce que je passais beaucoup trop de temps devant l’ordinateur. J’aimais bien le contact avec les gens, les filmer, raconter des histoires mais je ne supportais plus les heures à passer au montage ! Du coup, j’ai fait un break de trois mois. Je suis partie avec mon compagnon au Sénégal. À notre retour, on s’est installés à Bormes-les-Mimosas car il avait trouvé un travail dans le coin. Pendant toutes ces années, l’envie de travailler la terre était restée mais pour travailler la terre, il faut être posé, avoir un atelier et avec mon ancien métier ce n’était pas possible de me poser. Quand on est arrivés ici, j’ai rencontré une personne qui proposait un cours de poterie le soir et dès que j’ai commencé, c’était évident ! J’ai découvert le tour, la décoration etc. Et quand j’ai fait ma tasse à café, il s’est passé quelque chose ! C’était émouvant parce que finalement, j’ai transformé une matière et j’ai réussi à obtenir quelque chose dont j’avais besoin et envie. Je m’y suis mise à fond en suivant des cours puis, j’ai ouvert un atelier avec 2 autres céramistes dans le centre de Bormes. J’ai fait cela pendant 2 ans puis j’ai fait un an de pause. J’avais besoin de me vider la tête. Par la suite, j’ai cherché un atelier pour être seule et c’est celui dans lequel on se trouve. Au départ, c’est bien d’être à plusieurs car c’est riche d’échanges, et les autres ont un recul sur ton travail que tu n’as pas. Mais après, j’ai eu besoin de me retrouver dans ma bulle pour affiner ma façon de m’exprimer. J’ai réuni plusieurs choses importantes pour moi : la nature et la terre. Je suis dans mon élément !

Comment as-tu pris la décision d’en faire ton métier ?

V.T. Quand je m’y suis remise, j’ai compris que pour moi ça ne pouvait pas être simplement un passe-temps. Je voulais en faire l’élément essentiel de ma vie. Pendant un moment, j’ai fait ça et d’autres petits boulots à côté, le temps que ça prenne. J’ai tout fait pour que ça devienne mon métier.

Au-delà de tes études artistiques, est-ce que l’univers artisanal était familier pour toi ?

V.T. J’ai grandi auprès d’une mère couturière qui a donc toujours créé avec ses mains. Mon père, lui, était entrepreneur. J’ai grandi dans un milieu où c’est normal de construire son travail. Je suis passée par plein d’étapes, j’ai été salariée, intermittente du spectacle notamment. Mais j’aime bien avoir ma propre structure.

Et parle-moi de ta relation avec ta créativité ?

V.T. (Rires) La créativité n’est pas linéaire, c’est un processus… infini. Elle vient de nous, nous sommes des êtres humains. Nous ne sommes pas des robots, ni des machines donc ça évolue sans cesse. Par exemple pour Noël, j’ai beaucoup produit et là en Janvier j’étais sur un projet vidéo. L’autre jour, j’étais presque en larmes, la terre me manquait ! Et je commençais à me mettre à douter…
Par contre, assumer mon monde par rapport au autres, ça ne m’a jamais posé de problème.
Ma créativité s’exprime dans d’autres domaines comme la cuisine et le potager. C’est plein de tests, d’échecs, de surprises; c’est ce qui fait son charme ! Pour moi, le chemin et le résultat sont aussi importants l’un que l’autre.

Dans les moments d’échecs ou de doutes, qu’est-ce qui te permet de continuer ?

V.T. La passion ! Par exemple, j’ai voulu utiliser un émail satiné sans plomb. C’est plus difficile à travailler et pour trouver le rendu satiné, entre le brillant et le mat, j’y ai passé beaucoup de temps ! Au total, j’ai cherché pendant 2 ans pour trouver la bonne alchimie entre l’émail et la terre que je voulais. C’est un peu un mélange entre être pointue, être têtue et ne pas se laisser aller à la facilité, vouloir y arriver et y aller.

L’amusement semble être l’un de tes moteurs, comment est-ce compatible avec le mode professionnel ?

V.T. Avec l’argile, c’est plus facile qu’avec la vidéo car il y a le côté recherche continuelle et ça donne cette énergie ludique. Quand un céramiste ouvre son four, il ressent de l’émotion parce qu’il ne sait pas trop si ce qui va sortir va être vraiment ce qu’il voulait. Ça rend humble aussi. Ça te remet à ta place, tu ne peux pas tout gérer. C’est la matière qui dirige, elle me le rappelle tous les jours ! (rires) Travailler avec un élément naturel, ça te remet dans ton contexte d’être, tu ne peux pas être supérieur à elle donc… je m’en amuse !
Oui, je trouve que dans cette expression avec la terre, l’amusement est très présent. Et puis, c’est dans mon caractère : quand quelqu’un se prend trop au sérieux ou je m’éloigne ou je fais le contraire !

Tu crées des objets du quotidien en céramique : porte-savons, vaisselle, plateaux etc. avec des empreintes végétales d’herbes folles, les plantes sauvages des bords de routes. Qu’est-ce qui te touche autant dans ces herbes-là et à travers l’empreinte qu’est-ce que tu souhaites exprimer ?

« L’empreinte, c’est une façon de rendre éternel quelque chose qui est éphémère. » Valeria Tarroni
Crédit Caroline Mellow

V.T. Faire des empreintes sur la terre, je ne l’ai pas inventé, ça existe depuis toujours. J’aime ces herbes folles car ce sont des plantes (pissenlits, ronces, graminées…) pas du tout mises en valeur, elles sont considérées comme dérangeantes. S’arrêter pour observer quelque chose que les gens n’observent pas, ça m’amuse beaucoup. C’est mon esprit de vie ! J’aime montrer aux gens comme elles sont belles ces fleurs et en plus, la plupart sont comestibles. Ce qui me plaît, c’est que les gens trouvent de la beauté dans ce que je reproduis à partir de plantes qu’ils ne regardent pas d’habitude; ça les fait réfléchir. Je veux les interpeller sur leur environnement et valoriser un élément qui est dénigré, piétiné. L’empreinte, c’est une façon de rendre éternel quelque chose qui est éphémère.

Quand j’ai touché pour la première fois à une de tes créatures, je me suis dit : « Tiens, la terre s’envole ! » À quoi est dû cette sensation de légèreté ?

V.T. C’est effectivement une recherche. Il existe deux types de terre : les basses températures et les hautes températures. Dans les basses températures, il y a la faïence qu’on utilise beaucoup en Provence et que j’utilise moi-même aussi. Elle cuit jusqu’à 950°. Les hautes températures ce sont le grès et la porcelaine qui peuvent cuire jusqu’à 1350 ° ce qui crée une matière plus résistante, plus dense. C’est avec la faïence que je voulais reproduire la légèreté et… l’éphémère finalement. Quand je fais mes compositions, souvent, je pense au vent. Comme s’il y avait du vent qui passait. J’ai donc cherché une terre avec laquelle je puisse faire cela. Je voulais une terre blanche. J’ai trouvé une terre espagnole entre la faïence et le grès. Elle peut cuire jusqu’à 1100 °. Par rapport à la faïence traditionnelle, elle a une meilleure résistance mécanique, elle s’ébrèche moins et est très adaptée pour la vaisselle. J’ai ensuite adapté mon émail à la terre. J’ai réussi à faire des pièces légères mais qui ont une très bonne résistance. Pour certaines personnes, c’est perturbant, elles ont peur de casser les pièces ! Elles les utilisent uniquement pour certaines occasions. En tout cas, ça m’amuse beaucoup quand les gens prennent mes pièces sur les marchés, ils sont toujours surpris par le poids de mes créatures !

Au fond, qu’est-ce qui te fait tant vibrer dans le travail de l’argile ?

V.T. Je pense que c’est la surprise éternelle qu’il y a dans le travail de cette matière. L’étonnement est présent à chaque phase : l’empreinte, la forme, la couleur et la cuisson, vu que je ne maîtrise pas tout et que la terre réagit à sa façon. Il y a un côté très technique et un côté très ludique qui correspond à mon caractère : j’ai besoin d’un aspect très carré et un autre où je me sens libre de créer.

Moi qui suis fan des couleurs, j’adore les teintes de tes petits bols aux couleurs pastel ? Pourquoi as-tu choisi ce type de couleurs ? Qu’est-ce qu’elles évoquent pour toi ?
Crédit Valeria Tarroni

V.T. Déjà techniquement avec cet émail (satiné et sans plomb), je ne peux pas faire des couleurs trop vives. Quand je fais des pièces avec un émail brillant, je peux faire des couleurs beaucoup plus éclatantes, incisives. Je pense que chaque expression artistique est un peu une thérapie pour soi-même. Quand je colore mes pièces c’est souvent le soir. La couleur répond à mon besoin énergétique, c’est à la fois conscient et inconscient. La couleur est finalement une expression de comment je me sens. Quand j’ai besoin de calme, j’ai besoin de ces couleurs, leurs vibrations m’équilibrent. Maintenant, à des fins commerciales, j’essaie d’avoir le plus de choix de couleurs possible sur mon stand.

Quand tu es dans la phase créative, comment te sens-tu ?

V.T. En phase créative, je me sens dans mon élément. Je n’ai plus aucune conscience du temps, je suis complètement dans ma bulle. Je ressens un mélange d’excitation et de calme. Une sensation d’être bien avec moi-même, avec la matière que j’ai dans mes mains. C’est très minutieux ce que je fais, ça me demande donc d’être posée, calme et centrée. Et d’un autre côté, il y a cette énergie vitale qui me pousse à travailler de manière plus instinctive. L’excitation vient surtout quand j’ouvre le four. Mais quand je suis au mieux dans ma façon de m’exprimer, c’est plutôt du calme que je ressens.

Tu crées des pièces originales et des pièces personnalisées ? Quel rapport entretiens-tu avec ces deux types de créations et quel genre de demandes reçois-tu ? 

– V.T. C’est totalement différent. Quand je fais quelque chose qui sort totalement de moi, de ce que j’ai envie, de ce que je sens, je suis totalement libre. Ça plaît, ça ne plaît pas, je ne maîtrise pas. Avant, les pièces que je ne trouvais pas particulièrement réussies je ne les mettais pas sur mon stand mais je me suis aperçue qu’elles plaisaient à certaines personnes. Cela reste très subjectif, la pièce fait sa vie.
Quand je reçois une demande personnalisée, il y a une demande de résultat différent. Par contre, souvent, je conserve une certaine liberté dans la création. Par exemple, un couple de clients m’a demandé un service de vaisselle de 8 pièces avec une pièce décorée avec des empreintes végétales et une pièce simplement colorée. Ainsi, je garde une liberté de choix au niveau de la plante et des couleurs et pour moi c’est l’idéal. Quand les demandes sont très précises, j’ai la crainte de décevoir la personne. Les compositions peuvent avoir tellement d’énergies différentes ! C’est gratifiant et en même temps c’est plus compliqué à gérer.

Tu détiens le label : « Métiers d’Art », en quoi est-ce valorisant pour ton travail et qu’est-ce que cela représente pour toi ?
Crédit Caroline Mellow

V.T. C’est la Chambre des Métiers qui décerne ce label aux ateliers de plus de 3 ans. C’est une satisfaction de l’avoir eu et c’est valorisant aussi par rapport à certaines situations et à certaines personnes. Ce label rassure mes clients dans leur choix, surtout ceux qui me font des commandes. Pour participer à certains marchés potiers, il faut aussi ce label. Cela aide pour évoluer professionnellement.
Mais, ce que j’aime dans le métier de céramiste, c’est que c’est un métier utilitaire. C’est l’un des plus vieux métiers du monde ! Il y a toujours eu un potier dans le village pour faire les assiettes, les plats… Il y a donc ce côté populaire que j’aime beaucoup. Mais avec les grandes enseignes qui vendent des tasses à 2 euros, je ne peux pas être populaire et vivre en mettant ces prix-là. Alors, je fais quand même des petites pièces pour que tout le monde puisse acheter, mais je trouve dommage que cela disparaisse.

Depuis combien de temps exerces-tu et quel regard portes-tu sur l’évolution de ton travail ?

-V.T. Je suis enregistrée en tant qu’artisan depuis 2016. J’ai fait un an de pause durant ces 5 ans pour prendre du recul sur mon travail. Cela a été bénéfique car j’ai compris que certaines choses que j’avais faites étaient nécessaires comme passage mais ce n’était pas ce dont j’avais besoin. Et maintenant, je suis plus focalisée sur ce qui a du sens pour moi. Le fait d’utiliser des plantes m’est essentiel, j’ai besoin de nature. Je me sens vraiment dans l’expression de moi-même. Mais je reste ouverte à ma propre évolution et c’est ça qui est beau. Mon objectif est d’être bien avec ce que je fais.

Si tu devais représenter le monde actuel avec la terre, à quoi ressemblerait-il ?

-V.T. Ce serait de la terre dure, craquelée avec des points de lumière, de l’émail brillant par ce que tout n’est pas négatif, heureusement !

En quoi l’Art, est-il essentiel dans notre monde actuel, selon toi ?

-V.T. On ne peut pas tout cataloguer, ranger, faire que ça. On a besoin de s’exprimer. L’Art est un grand mot et n’est pas à la portée de tout le monde, mais la créativité, oui. Chacun fait un Art de sa créativité. La créativité est essentielle pour tous et elle peut s’exprimer dans des domaines extrêmement différents. Un monde sans créativité, sans Art, ça n’existe pas ! Dans les structures politiques où on essaie d’éliminer la culture, l’expression personnelle, ça ne tient pas, à un moment donné, ça craque. On est des êtres humains, on a besoin de créer. Déjà la nature d’une femme c’est de créer, l’homme aussi, même si ce n’est pas la même configuration : on crée ensemble. La création fait partie de l’être humain lui-même. Mais on a pas tous les mêmes besoins d’expression : pour certains c’est suffisant d’en faire de temps en temps et pour d’autres, comme moi, pour qui c’est vital.

Que dirais-tu aux personnes qui n’osent pas créer, qui ont peur de ce qui va sortir d’eux ?

V.T. Oui c’est ça : ils ont peur de ce qui va sortir parce qu’ils se focalisent sur le résultat et pas sur le processus de création. Je fais beaucoup d’ateliers avec les enfants et eux, ils y vont ! Ils ne se posent pas de questions. Ils aiment le contact avec la terre, ils s’émerveillent des empreintes… Le grand déclic se passe quand on arrête de vouloir faire une œuvre d’art et qu’on reste dans l’amusement. C’est lâcher prise tout simplement. C’est la confiance en soi, et même, la confiance en ses propres limites. On n’est pas parfaits, l’œuvre parfaite n’existe pas. Lâcher l’exigence sociale de « La chose bien faite ! » Apprécier le moment, la sensation, la texture. Et si, ce qui sort ne plaît pas à la personne et bien qu’elle rigole, c’est pas grave !

Est-ce que derrière tes créations d’objets du quotidien en céramique, il y a une conscience écologique : celle de proposer une alternative au « tout plastique » ?

V.T. Oui car c’est ma manière de vivre. Par exemple, j’ai cherché longtemps avant de trouver un émail sans plomb; ça a compliqué ma production mais pour moi c’était essentiel. Utiliser la terre c’est beau, peut-être qu’un jour je ferais ma propre terre !
Respecter le cycle des plantes, c’est respecter la vie. C’est pour ça qu’avec les enfants, je ne fais pas toujours des empreintes avec les plantes pour ne pas les inciter à cueillir n’importe quoi, juste pour jouer. Quand on est en petit nombre, je prends le temps d’expliquer que ce sont des organismes vivants et leur fonction dans le cycle de la vie. Parfois, je les fais utiliser des graines avec la terre et je leur dis :  » Si tu n’aimes pas ce que tu as fait, c’est pas grave, mets-le dans la  terre et arrose, les graines vont fleurir.  » C’est pour cela que je me suis éloignée de la vidéo, c’était trop artificiel, trop loin de l’être humain, de la vie.

Je trouve l’art de la céramique très sensuel notamment lorsque j’observe les mains du céramiste en train de tourner. Le toucher n’est pas un sens très développé dans notre société, en quoi est-ce important pour toi, le toucher ?
Crédit Frédéric Joulian

– V.T. Je me rappelle d’une scène dans le film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » où elle mettait la main dans un sac de graines ou d’épices. Et en la regardant faire, j’ai eu la sensation de ce qu’elle était en train de toucher !
Le toucher a toujours été important pour moi. Pendant mes études, c’est le toucher de la terre qui m’a plu. Il y a plusieurs textures de terre : fines, moins fines et il y a aussi le degré d’humidité. Quand je travaille au tour, elle est imbibée d’eau, elle est très élastique, malléable et puis après elle s’assèche. Avant de la cuire, quand elle est encore matière terre, elle est complètement dure. Elle passe par plein de phases différentes. Quand on veut faire des plaques, on utilise la terre qui a une consistance de cuir, ça veut dire qu’elle commence à se tenir, on peut la prendre, elle a de l’élasticité mais aussi du corps et de la résistance. Le toucher est essentiel pour un céramiste, pour sentir où en est la terre.

Pour finir, où peut-on découvrir et acheter tes créatures en terre ?

V.T. À mon atelier sur rendez-vous. J’ai aussi des pièces disponibles au Domaine des Fouques à Hyères. Je fais, de temps en temps, le marché bio de Hyères le samedi matin et on peut me retrouver sur les marchés artisanaux et les marchés potiers e la région. J’ai aussi ma boutique en ligne.


Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur Valeria et ses créatures :

Crédit Caroline Mellow

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